Nouvelles de l'ASM E-SM

 

Histoire générale des moulins

Dès la révolution néolithique, il y a 6000 ans de cela, et il s’agit bien d’une révolution, puisque les hommes de nos régions après des millénaires d’errance à la poursuite du gibier et plus tard en suivant leurs troupeaux, se sont fixés, d’une manière sédentaire. Premiers cultivateurs de céréales sur les plateaux où la terre est moins lourde que le limon des vallées, ils ont apporté grâce à leur récolte, une modification énorme dans la manière de se nourrir. Ils leur fallait réduire les grains en farine, probablement par simple percussion, technique connue, et pour plus d’efficacité mettre au point le broyage pour préparer le pain et les divers types de galettes consommées par tous les peuples dès leur sédentérisation. Les premières moutures connues étaient obtenues par écrasement sur une pierre plate, avec probablement des galets de rivière, objets durs et arrondis de par leur origine même, ce qui a dû conduire à la création du pilon et du mortier que nous trouvons utilisés dès l’Antiquité.

Les meules tournantes portatives, feront plus tard leur apparition et seront très utilisées à l’époque gallo-romaine. Des fragments et même des meules entières ont été découverts dans les sites du Roumois par les chercheurs en archéologie ; le plus souvent, il s’agit de la partie tournante, plus rarement de la meule fixe. L’existence des moulins à eau, puis des moulins à vent ne les fera pas disparaître, ces meules à bras seront utilisées à toutes les époques, au moulin banal, propriété du seigneur.

Nous les retrouvons sous des formes proches jusqu’au XX è siècle, en concurrence avec le broyage des grains, fait manuellement par des engrenages à pignon avec une manivelle plus ou peu démultipliée, dont sera issu le traditionnel moulin à café.

L’énergie animale fût aussi employée : moulin manège, bien connu pour le broyage des pommes ; mais nous ne connaissons pas, dans cette région, d’exemple historique, de moulin à cheval, pour moudre les grains.

Afin d’économiser l’énergie humaine ou animale, les hommes eurent recours aux sources d’énergie que la nature mettait à leur portée et que leurs sens leur permettaient de voir et de comprendre : l’énergie de l’eau et celle du vent. Au départ, leur utilisation demandait seulement la mise au point de quelques mécanismes simples et déjà connus.

Le Moyen Age fût très ingénieux dans l’établissement des moulins à eau. Ceux-ci existaient dans le monde romain, un siècle avant Jésus Christ. Ils ne sont indiqués par Vitruve, que pour mémoire, ce qui implique la connaissance des moulins à eau, comme étant déjà acquise.

A l’époque médiévale, les moulins sont établis même sur les plus minces filets d’eau capables de mouvoir une roue. Après l’institution des fiefs, la faculté de bâtir des moulins fût réservée exclusivement aux seigneurs propriétaires du sol et des cours d’eau traversant leurs terres. Pour s’indemniser des dépenses de construction et de l’aménagement des biefs, comme de l’entretien, ils imposèrent à ceux qui voudraient y moudre leurs grains, certaines obligations. Enfin, pour la sauvegarde de leurs droits et aussi pour rendre leur revenu fixe et certain, ils ôtèrent à leurs tenanciers la liberté de porter leur production où ils le jugeraient à propos : il les contraignirent à moudre au moulin de la seigneurie. De là vient la banalité des moulins. On en trouve des preuves en Normandie dès 1204, et pour Hauville, par la charte de 1172, où Robert de Bonnebos reçoit le droit de franche moulte pour les hommes de Saint Pierre d’Hauville, son fief, ce qui sera probablement à l’origine du moulin à eau de Pont-Authou, mais dont la distance avec la paroisse d’Hauville amènera la nécessité de moudre sur place, quelques dizaines d’années plus tard.

Ces moulins à eau médiévaux étaient construits très simplement : une roue hydraulique, un rouet sur l’arbre d’un diamètre d’environ la moitié de la roue, une lanterne ou pignon de neuf fuseaux, les deux meules, la fixe et la tournante, avec leur axe et pivot, un cadre de bois autour des meules. Une « goulotte » conduisait à un tonneau ouvert pour recevoir le grain moulu : cette mouture, une farine complète, aux origines, sera utilisée telle quelle pour la panification du pain complet, en quelque sorte. Le prélèvement du seigneur pour ce travail était dans nos régions, de l’ordre du seizième du grain apporté, pour la période du XII è au XIII è siècle.

Devant l’essor démographique (donc des besoins de mouture), la production de céréales est devenue plus importante grâce à des modes de cultures plus efficaces. La métallurgie est appliquée à la forge des outils, (charrues à soc de fer) et ne se limite plus à la fabrication des armes comme dans les siècles précédents et dans les fiefs éloignés des cours d’eau. Le moulin à vent fait son apparition. Fort à propos, pourrions nous dire ? Mais n’était-il pas devenu une nécessité ? C’est, nous le pensons, une création originale et régionale, et dans plusieurs provinces, à la fois, dans plusieurs duchés, comtés ou royaumes. Comme les Normands, maîtres d’un vaste domaine maritime, possédaient la maîtrise du maniement des voiles de navires même si « l’idée » d’utiliser le vent pour mouvoir des meules est d’origine orientale, nous pensons que les charpentiers de moulins à eau, comme ceux de navires, nombreux dans cette région, n’ont guère eu de difficultés à mettre en place des voilures tournantes.

Moulins à vent de bois, moulins à eau de pierre, créations nécessaires et simultanées, moulin pivot de bois tournant dans son ensemble, moulin tour de pierre dont seule la toiture tourne sur pivot central, (ou sur patin sur la périphérie du sommet du moulin tour) pour s’orienter au vent, apparaissent tous ensemble, à la fin du XII è siècle. Ces moulins à vent prendront une expansion considérable au XV è siècle. Ce sera le cas pour ceux d’Hauville qui survivront jusqu’à la Révolution, Caltot, la Haulle, de la Cauchure, de Thiberville cité dès 1419, tous quatre moulins de bois sur pivot, et le plus ancien, construit dans la première partie du XIII è siècle : le moulin de pierre de Hauville près de Bourg Achard.